L'Orfèvrerie d'Anjou
Le magazine de l'orfèvrerie et des arts de la table
Accueil OrfèvrerieArts de la tableEntretienHistoire À proposContact
Orfèvrerie · Étain · Argenterie · Arts de la table
L'Orfèvrerie d'Anjou
Argenterie, étain, poinçons, entretien et histoire du métal sur la table
Accueil › Orfèvrerie et étain › L'argenture électrolytique : comment le métal argenté a conquis la table
Orfèvrerie et étain · Techniques

L'argenture électrolytique : comment le métal argenté a conquis la table

L'argenture électrolytique : comment le métal argenté a conquis la table

Au début du XIXe siècle, une table garnie d’argenterie restait le privilège de quelques familles. Quelques décennies plus tard, des couverts et des plats argentés équipaient les hôtels, les wagons-restaurants, les paquebots et une grande partie des foyers bourgeois. Entre les deux, une invention : le dépôt d’argent par électrolyse. Retour sur la technique qui a donné naissance au métal argenté.

Avant l’électrolyse : le plaqué

L’idée de donner l’apparence de l’argent à un métal moins coûteux est ancienne. Au XVIIIe siècle, en Angleterre, on met au point le plaqué de Sheffield : une fine feuille d’argent est soudée à chaud sur un lingot de cuivre, puis l’ensemble est laminé. On obtient une tôle de cuivre argentée sur une ou deux faces, que l’on travaille ensuite comme de l’argent.

Le procédé a ses limites. Les bords coupés laissent voir le cuivre, qu’il faut masquer par des fils ou des bordures rapportés. Les décors ciselés profonds risquent de traverser la couche d’argent. Et la fabrication reste coûteuse en main-d’œuvre. En France, on parle de « plaqué » ou de « doublé » pour des techniques comparables.

Le principe de l’électrolyse

L’argenture électrolytique repose sur un phénomène simple. On plonge dans un bain contenant de l’argent dissous :

  • la pièce à argenter, reliée au pôle négatif d’un générateur ;
  • une plaque d’argent pur, reliée au pôle positif.

Lorsque le courant passe, l’argent de la plaque se dissout dans le bain et se dépose, atome par atome, sur la pièce. Plus le courant circule longtemps, plus la couche est épaisse. La pièce est déjà mise en forme avant d’être argentée : bords, reliefs et creux sont recouverts uniformément, ce qui règle le problème des tranches apparentes du plaqué.

Une invention du milieu du XIXe siècle

Les recherches sur le dépôt électrolytique des métaux se multiplient dans les années 1830. Autour de 1840, des industriels de Birmingham, les Elkington, protègent par brevet des procédés d’argenture et de dorure électrolytiques utilisables à l’échelle industrielle. En France, le fabricant Charles Christofle acquiert dans les années 1840 les droits d’exploitation de ces brevets et développe l’orfèvrerie argentée à grande échelle.

Le succès est rapide. Le métal argenté permet de produire, à un coût bien inférieur à celui de l’argent massif, des services complets pour les grands hôtels, les compagnies de transport et les particuliers. Il ouvre aussi la voie à des modèles plus nombreux et plus variés.

Le métal de base

La qualité d’une pièce argentée dépend d’abord de ce qu’il y a sous l’argent. Le support le plus courant est le maillechort, un alliage de cuivre, de nickel et de zinc, appelé aussi alpaca ou « argentan ». Il a l’avantage d’être blanchâtre : quand l’argent s’use, le contraste reste discret.

Les pièces bon marché utilisent parfois du laiton ou du cuivre, dont la teinte jaune ou rouge apparaît vite à l’usure. Pour les couteaux, la lame est généralement en acier, et seul le manche est argenté.

L’épaisseur, critère de qualité

Toutes les argentures ne se valent pas. Les fabricants ont longtemps indiqué la quantité d’argent déposée, en grammes pour une douzaine de couverts, ou classé leurs productions en plusieurs qualités. Une forte charge d’argent, répartie avec soin, donne une pièce capable de durer des décennies d’usage quotidien. Une argenture légère s’use au contraire en quelques années aux points de frottement.

CritèreArgenture soignéeArgenture légère
Métal de basemaillechortparfois laiton ou cuivre
Couche d’argentépaisse, renforcée aux points d’usurefine et uniforme
Usure visibletardive, discrèterapide, contraste marqué
Réargenturejustifiéerarement rentable

Certaines maisons renforçaient l’argenture aux endroits les plus sollicités, comme le dos des cuillères ou les pointes des fourchettes. Ce détail, invisible à l’achat, fait toute la différence après des années.

Comment reconnaître le métal argenté

Le métal argenté ne porte pas les poinçons de garantie de l’argent massif. On y trouve un poinçon de fabricant de forme carrée ou rectangulaire, souvent accompagné du nom de la maison ou d’un numéro de qualité. Pour les distinguer d’un coup d’œil, voir notre article métal argenté ou argent massif et notre guide pour lire les poinçons de l’argenterie.

L’héritage

L’argenture électrolytique a profondément changé les arts de la table. Elle a permis la diffusion des grands services de couverts spécialisés, popularisé les seaux à champagne, les plats couverts et les théières dans des milieux qui ne pouvaient s’offrir de l’argent massif. Elle reste aujourd’hui la technique dominante de l’orfèvrerie de table.

Côté entretien, le métal argenté demande une main légère : chaque polissage retire un peu d’argent. Nos conseils sont réunis dans entretenir l’argenterie. Et quand la couche est usée, la réargenture reste possible, comme nous l’expliquons dans restaurer une pièce d’argenterie.

Cet article peut contenir des liens partenaires. Ils n'influencent jamais ce que nous écrivons.