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Les fontes d'argenterie de Louis XIV : pourquoi si peu de pièces nous sont parvenues

Les fontes d'argenterie de Louis XIV : pourquoi si peu de pièces nous sont parvenues

Quiconque s’intéresse à l’orfèvrerie française ancienne fait vite un constat étonnant : les pièces du XVIIe siècle et du début du XVIIIe siècle conservées en France sont rares, bien plus rares que la réputation des orfèvres parisiens ne le laisserait supposer. Une grande partie de la réponse tient en un mot : la fonte. À plusieurs reprises, l’argenterie a été transformée en monnaie pour financer les guerres.

L’argent, un métal et une réserve

Sous l’Ancien Régime, l’argenterie n’est pas seulement un objet d’usage ou d’apparat. C’est aussi une réserve de valeur. Une famille aisée immobilise une partie de sa fortune dans sa vaisselle d’argent, qu’elle peut, en cas de besoin, faire fondre ou vendre au poids. L’État raisonne de la même façon : en période de crise, le métal des objets peut devenir de la monnaie.

C’est ce qui explique à la fois la splendeur des commandes royales et leur disparition.

Le mobilier d’argent de Versailles

Dans les années 1670 et 1680, Louis XIV fait réaliser pour Versailles un ensemble extraordinaire de meubles en argent massif : tables, guéridons, miroirs, chenets, vases monumentaux pour les orangers, balustrades, torchères. Les plus grands orfèvres du temps, parmi lesquels Claude Ballin, y travaillent. Ces pièces, dont le poids se comptait en tonnes pour l’ensemble, doivent éblouir les visiteurs et les ambassadeurs.

Nous ne connaissons presque plus ce mobilier que par des dessins, des inventaires, des gravures et des tapisseries qui le représentent.

La fonte de 1689

À la fin des années 1680, la guerre de la Ligue d’Augsbourg met les finances royales sous forte pression. En 1689, le roi fait envoyer à la Monnaie une grande partie du mobilier d’argent de Versailles pour qu’il soit fondu et transformé en pièces de monnaie. Des ordonnances incitent aussi les particuliers, et notamment la noblesse et les établissements religieux, à porter leur argenterie à la fonte.

La perte artistique est immense : des œuvres d’une valeur de façon considérable sont réduites à leur seul poids de métal.

La fonte de 1709

Une vingtaine d’années plus tard, la guerre de Succession d’Espagne et le terrible hiver de 1709 plongent le royaume dans une nouvelle crise. Le roi et la Cour donnent à nouveau l’exemple en envoyant leur vaisselle d’argent à la Monnaie, et les particuliers sont invités à faire de même. On raconte que de nombreuses familles se résignent alors à manger dans de la faïence, ce qui aurait favorisé l’essor des manufactures de faïence française.

Les édits somptuaires

À côté des fontes, la monarchie publie à plusieurs reprises des édits somptuaires, c’est-à-dire des textes qui limitent le luxe. Certains restreignent le poids des pièces d’orfèvrerie autorisées, ou interdisent la fabrication de certains objets jugés trop dispendieux. Leur objectif est double : réserver le métal précieux à la monnaie et freiner les dépenses ostentatoires. Leur application est inégale, mais ils pèsent sur la production des orfèvres.

Et après Louis XIV ?

Le phénomène ne s’arrête pas avec la mort du roi. Sous Louis XV, au cours de la guerre de Sept Ans, un nouvel appel est lancé pour porter la vaisselle d’argent à la Monnaie. À la Révolution, une partie importante de l’orfèvrerie religieuse et de celle des émigrés est à son tour saisie et fondue.

Ce qui a survécu

Origine des pièces conservéesPourquoi elles ont échappé à la fonte
Commandes de cours étrangèreselles se trouvaient hors de France
Trésors d’églisescertaines ont été cachées ou épargnées
Pièces de petite taillegobelets, timbales, cuillères, moins visées
Pièces de provinceparfois conservées loin des appels royaux

C’est pourquoi tant de chefs-d’œuvre de l’orfèvrerie parisienne du XVIIIe siècle se trouvent aujourd’hui au Portugal, en Russie ou dans d’autres pays : ils y avaient été commandés par des souverains étrangers. Les grands noms du style rocaille, comme les Germain, sont ainsi mieux représentés hors de France qu’en France.

Ce que cela change pour l’amateur

Pour l’amateur d’aujourd’hui, ces fontes ont une conséquence concrète : une pièce d’argenterie française antérieure à la Révolution, et plus encore au XVIIIe siècle, est une rareté. Les pièces de famille datent bien plus souvent du XIXe siècle, quand l’argenterie se démocratise. Pour situer une pièce, les poinçons restent le premier outil : voir lire les poinçons de l’argenterie, et pour le contexte général notre petite histoire de l’orfèvrerie française.

En résumé

L’orfèvrerie française d’Ancien Régime a été victime de sa propre matière. Parce que l’argent était aussi de la monnaie, les guerres de Louis XIV puis de ses successeurs ont envoyé au creuset une grande partie de ses plus belles œuvres. Ce qui reste n’en est que plus précieux.

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