L'Orfèvrerie d'Anjou
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L'orfèvrerie Empire : l'Antiquité revisitée sur la table

L'orfèvrerie Empire : l'Antiquité revisitée sur la table

Après la fantaisie du style rocaille, l’orfèvrerie française revient à l’ordre. À la fin du XVIIIe siècle, puis sous le Consulat et l’Empire, les orfèvres puisent leurs modèles dans l’Antiquité grecque et romaine. Le style Empire en est l’aboutissement : solennel, symétrique, chargé de symboles, il a durablement marqué les arts de la table.

Du néoclassicisme à l’Empire

Le retour à l’antique commence bien avant Napoléon. Dès le milieu du XVIIIe siècle, les fouilles d’Herculanum et de Pompéi révèlent des objets, des peintures et des décors qui fascinent l’Europe. Le style dit « Louis XVI » adopte déjà des lignes droites, des frises de perles, des guirlandes et des feuilles d’acanthe.

Sous le Consulat puis l’Empire, ce goût se fait plus monumental. Les architectes Charles Percier et Pierre-François-Léonard Fontaine fixent un véritable vocabulaire décoratif, diffusé par leurs recueils de modèles, qui inspire le mobilier, les bronzes et l’orfèvrerie.

Reconnaître une pièce Empire

ÉlémentCaractéristiques
Formesvases antiques, urnes, coupes, profils nets et symétriques
Surfacesgrandes parties lisses qui font ressortir le décor
Décors appliquésfrises, palmettes, feuilles d’eau, rais-de-cœur
Figurescygnes, victoires ailées, aigles, têtes de femmes, sphinx
Piedsgriffes de lion, socles carrés, piédouches
Prises et ansestêtes d’animaux, figures, serpents enroulés

Le décor n’est plus partout : il se concentre en bandeaux et en motifs rapportés, souvent fondus et ciselés, qui se détachent sur un fond poli. Le contraste entre surfaces lisses et ornements sculptés est l’une des signatures du style.

Les symboles

L’orfèvrerie Empire sert aussi un message politique. On y rencontre l’aigle impérial, l’abeille, le N couronné sur les commandes officielles, les victoires et les trophées militaires. Dans les pièces destinées aux particuliers, ces symboles laissent souvent la place à un répertoire mythologique plus neutre : cygnes, palmettes, dieux et déesses.

Les grands orfèvres

Deux noms dominent l’orfèvrerie de cette période.

Martin-Guillaume Biennais, d’abord tabletier, devient l’un des fournisseurs attitrés de l’empereur. Son atelier produit des services de table, des nécessaires de voyage et des objets d’apparat.

Jean-Baptiste-Claude Odiot, issu d’une dynastie d’orfèvres parisiens, réalise de grandes pièces de prestige. Il participe notamment, avec le bronzier Pierre-Philippe Thomire, à la fabrication du berceau du roi de Rome. Son nom restera attaché à une maison d’orfèvrerie durable.

Autour d’eux, de nombreux orfèvres parisiens et provinciaux adoptent le style, souvent sous une forme plus sobre.

Les pièces typiques

Le début du XIXe siècle voit fleurir des pièces qui sont encore bien présentes dans les familles et chez les antiquaires :

  • les théières, cafetières et sucriers en forme d’urne, sur piédouche ou trois pieds griffes ;
  • les aiguières et leurs bassins ;
  • les huiliers-vinaigriers à montures ajourées ;
  • les surtouts de table en bronze doré et miroirs, au centre des grandes tables ;
  • les timbales tulipes, très répandues comme cadeaux, dont nous parlons dans timbales et cadeaux de naissance.

Poinçons et datation

La période révolutionnaire et l’Empire correspondent à une réorganisation complète de la garantie des métaux précieux en France. Les poinçons changent plusieurs fois entre la fin de l’Ancien Régime et le milieu du XIXe siècle, ce qui aide les spécialistes à dater les pièces avec précision. Les grands principes sont présentés dans lire les poinçons de l’argenterie.

Attention aux confusions : le style Empire a été abondamment repris tout au long du XIXe siècle et au-delà. Une pièce « style Empire » n’est pas forcément d’époque Empire. Seuls les poinçons et l’examen de la fabrication permettent de trancher.

L’héritage

Le style Empire a fixé un idéal de grandeur qui a traversé les régimes. Ses formes ont nourri le style Restauration, plus léger, puis les nombreux styles « néo » du XIXe siècle. On en retrouve des échos dans des modèles de couverts encore produits, aux spatules ornées de palmettes ou de feuilles d’eau.

Pour remettre ce moment dans la longue durée, voir notre petite histoire de l’orfèvrerie française. Et pour voir comment la table elle-même a changé au XIXe siècle, voir service à la française et service à la russe.

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